L’art naïf, le courant artistique des autodidactes

Les artistes dits naïfs sont autodidactes, ils ont appris à peindre par leurs propres moyens et de ce fait ont transgressé les règles de l’art académique. Le plus célèbre des peintres naïfs est le Douanier Rousseau. Souvent issus  de milieux modestes et populaires, ceux qu’on appelle aussi les “primitifs modernes” ont marqué à leur manière la peinture du XIXème siècle et du début du XXème siècle. En effet, peintre n’est souvent pas leur profession initiale, à l’image d’Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, qui était employé à l’octroi, la douane de Paris, avant de se consacrer à la peinture.  

 

Il est difficile de dire que les peintres naïfs forment un véritable mouvement artistique. Ils ne se connaissaient pas ou très peu. Étant sans formation et autodidactes, ils n’évoluent pas dans le milieu de l’Art. Cependant, certaines caractéristiques sont récurrentes dans les œuvres naïves notamment le non-respect, volontaire ou non, des règles de perspective et des proportions. Aussi, les sujets abordés sont souvent populaires ou enfantins. Les couleurs utilisées sont vives car les règles d’intensité des couleurs ne sont souvent pas respectées. En effet, les peintres naïfs ne respectant pas les règles de perspectives utilisent la même intensité de couleur pour décrire le premier plan et l’arrière plan. 


Montmartre est un lieu emblématique pour l’art naïf. Beaucoup de peintres naïfs y ont vécu et se sont inspirés des lieux pour leur œuvre. Mais surtout, Montmartre est devenu un lieu d’exposition à ciel ouvert avec la Foire aux croûtes, créée en 1921 par Maurice Hallé. Elle était essentielle pour ces artistes qui n’avaient pas accès aux lieux usuels d’exposition (comme le Salon des Indépendants ou les galeries des marchands d’art). Elle avait lieu sur la place Constantin Pecqueur à Montmartre et a permis à plusieurs peintres naïfs d’être exposés et parfois même repérés par des marchands d’art et des collectionneurs.


Les peintres naïfs sont pour la plupart encore méconnus aujourd’hui. Le Douanier Rousseau est le représentant emblématique de l’art naïf, et le plus célèbre. Il a notamment été reconnu de son vivant par Picasso -qui a possédé toute sa vie des toiles du Douanier chez lui- mais également par Apollinaire ou encore Robert Delaunay. Il a également été remarqué par Wilhelm Uhde, un critique d’art, marchand d’art et collectionneur allemand qui a joué un rôle significatif dans le développement et la reconnaissance de l’art naïf, puisqu’il a notamment organisé la première exposition personnelle du Douanier Rousseau en 1909.

 

Cependant, même s’il en est un représentant emblématique, Henri Rousseau est loin d’être le seul peintre naïf. Nous pouvons citer notamment Séraphine Louis qui fut également soutenue par Wihelm Uhde et d’autres connaisseurs de son temps. Aussi, Frida Kahlo peut être considérée comme une artiste naïf pour plusieurs de ses oeuvres, de part notamment son rapport avec la perspective, elle est aussi autodidacte et apporte un regard enfantin dans plusieurs de ses oeuvres. Chacun des artistes naïfs s’approprie l’art et travaille ses propres techniques, ils créent leur univers propre. N’ayant pas suivi de formation artistique, ils n’ont pas été influencé par les codes académiques. Ils nous offrent un regard innocent et enfantin de la réalité. Pour autant, leurs oeuvres offrent un point de vue nouveau et transgressif, qui balaie la certitude que l’Art doit être réservé à une élite formée aux techniques classiques. Le poète Louis Aragon écrit d’ailleurs « il serait naïf de croire cette peinture naïve ».