Le Bateau Lavoir, cité d’artistes à Montmartre

Montmartre, le cœur névralgique de l’art du début du siècle

A la fin du XIXe siècle, Paris est la capitale de l’art européen, et la butte Montmartre en est le cœur. C’est pour profiter de cet attrait des artistes pour ce quartier très à la mode que le propriétaire du 13 rue de la place Emile-Goudeau fait appel en 1889 à un architecte pour transformer sa maison existante en une bâtisse comportant 25 ateliers d’artistes.

Les premiers occupants

C’est en 1892 que le premier habitant du Bateau Lavoir prend possession des lieux, le peintre Maxime Maufra, de retour à la capitale après un long séjour en Bretagne. Rapidement, le lieu devient un endroit à la mode, où l’on croise notamment le peintre impressionniste Paul Gauguin, De nouveaux groupes d’artistes s’installent entre 1900 et 1904, notamment un groupe d’Italiens réunis autour d’Ardengo Soffici, et des Espagnols dont le plus célèbre St Paco Durrio. En 1904, l’atelier accueille son plus célèbre habitant, Pablo Picasso qui y demeurera jusqu'en 1909 et y gardera un atelier jusqu'en 1912. Sa période bleue étant terminée, il y entame les tableaux de la période rose. C’est là qu’il rencontre Fernande Olivier, qui devient sa modèle et son amante.

La période de gloire du Bateau Lavoir

En 1907, le Bateau Lavoir devient le berceau du cubisme, puisque c’est là que Picasso dévoile Les Demoiselles d’Avignon. A cette époque, on trouve parmi les habitants de la cité d’artistes les peintres Kees van Dongen, Juan Gris et le sculpteur Constantin Brancusi, ainsi que le célèbre Amedeo Modigliani et les écrivains Pierre Mac Orlan ou encore Max Jacob.

En 1908, le Douanier Rousseau y est accueilli par un banquet mémorable qui regroupe la fine fleur des artistes du début du siècle : Picasso, Apollinaire et sa future compagne Marie Laurencin, Braque, Max Jacob, André Salmon, Gertrude et Léo Stein, et bien d’autres artistes et écrivains.

Le Bateau Lavoir aujourd’hui

À partir de la Première Guerre mondiale, le Bateau-Lavoir perd de son animation au profit de Montparnasse et de La Ruche : la cité d’artiste à la mode se trouve désormais sur la rive gauche de la Seine.

En 1970, le Bateau-Lavoir, construit en bois, est dévasté par un incendie. Reconstruit à l'identique en 1978 par l’architecte Claude Charpentier, mais cette fois en béton, il comporte à nouveau 25 ateliers d'artistes.. La façade, seule partie qui a échappée aux flammes, fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques.

L’origine de ce nom atypique

La maison est compartimentée en petits logements d'une pièce, répartis de chaque côté d'un couloir rappelant les coursives d'un paquebot, c'est ce qui a inspiré à ses habitants le surnom de “Bateau”. On pense que c’est Max Jacob qui complète le surnom en Bateau-Lavoir, par ironie : la maison ne comporte qu’un seul point d’eau.

Sans chauffage, cet endroit vétuste fait d’ateliers exigus a pourtant été le refuge aimé de ces artistes de la Bohème, qui l’ont aussi désigné comme la “villa Médicis de la peinture moderne”, en référence à la célèbre résidence d’artistes à Rome, où la France exerce son mécénat au XIXe siècle.

Le mot de la fin

Pablo Picasso dira à propos cet endroit unique : “ Je sais que l’on reviendra au Bateau-Lavoir. C’est là que nous avons été vraiment heureux, nous étions considérés comme des peintres et non comme des bêtes curieuses » .